L’affaire de Doñana, en Espagne, devrait résonner bien au-delà des frontières ibériques. Elle constitue un avertissement sévère pour tous ceux qui, depuis des décennies, prétendent défendre la nature à coups d’interdictions, de slogans et de postures idéologiques. Pendant des années, certaines organisations écologistes ont obtenu l’exclusion de la chasse de nombreux espaces naturels, persuadées que la nature retrouverait spontanément son équilibre dès lors que l’homme s’effacerait. La réalité leur inflige aujourd’hui un démenti cinglant. À Doñana, l’un des plus prestigieux sanctuaires ornithologiques d’Europe, les populations de sangliers ont explosé. Ces animaux détruisent désormais massivement les nids d’oiseaux nichant au sol. Dans certains secteurs, 70 à 80 % des pontes sont anéanties. Les espèces que l’on prétendait protéger deviennent les premières victimes d’une politique fondée davantage sur le dogme que sur l’observation du terrain. Les scientifiques eux-mêmes parlent désormais « d’urgence écologique ». Le plus frappant est que cette situation n’a rien d’imprévisible. Partout en Europe, les gestionnaires d’espaces naturels, les agriculteurs, les forestiers et les chasseurs alertent depuis des années sur les conséquences de la prolifération de certaines espèces. Dégâts agricoles, destruction des habitats, prédation sur la petite faune, risques sanitaires et accidents routiers : les signaux étaient connus. Mais ils ont souvent été balayés d’un revers de main par ceux qui considèrent toute intervention humaine comme une atteinte à la nature. Cette vision relève d’un romantisme naïf qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Les paysages européens ne sont plus des espaces sauvages intacts depuis des siècles. Ils sont façonnés par les activités humaines. Dans ces conditions, croire que la nature retrouvera seule un équilibre parfait relève davantage de la croyance que de l’écologie scientifique. Le véritable bon sens consiste à reconnaître que l’homme a désormais la responsabilité de gérer certains déséquilibres qu’il a lui-même contribué à créer. Réguler une espèce surabondante n’est pas détruire la nature ; c’est parfois la seule manière de préserver les autres. Protéger la biodiversité ne consiste pas à multiplier les interdictions ou à désigner des boucs émissaires, mais à accepter une gestion active, pragmatique et fondée sur les résultats. Doñana est un rappel brutal : lorsqu’une idéologie refuse d’entendre le terrain, ce sont souvent les espèces les plus fragiles qui en paient le prix. Les véritables défenseurs de la nature devraient avoir le courage de reconnaître leurs erreurs...