Biologie et écologie
Parfaitement adapté aux milieux rocheux, l’ibex de Beceite est un herbivore strict au régime opportuniste. Il se nourrit principalement de graminées, de buissons méditerranéens (romarin, genévrier, buis), de feuilles et de jeunes pousses. En période hivernale ou lors de sécheresses prolongées, il complète son alimentation avec des lichens, des écorces et des végétaux plus ligneux. Cette plasticité alimentaire lui permet de survivre dans des environnements pauvres, mais le rend sensible aux variations climatiques et à la dégradation des habitats. Les mâles adultes peuvent atteindre 65 à 70 kilos, tandis que les femelles pèsent en moyenne 45 à 50 kilos.
Les cornes, qui croissent tout au long de la vie, jouent un rôle central dans la hiérarchie sociale : leur taille, leur courbure et le nombre d’anneaux sont autant d’indicateurs de l’âge et du statut des individus. Le rut se déroule principalement entre octobre et novembre. Les affrontements entre mâles, bien que spectaculaires, sont généralement ritualisés et limitent les blessures graves. Après une gestation d’environ 165 jours, les femelles mettent bas un, plus rarement deux cabris au printemps, lorsque les ressources alimentaires sont les plus abondantes. Espèce grégaire, l’ibex de Beceite vit en groupes distincts selon le sexe en dehors de la période de reproduction. Excellent grimpeur, il possède une musculature puissante et des sabots adaptés qui lui permettent d’évoluer avec agilité sur des parois abruptes. Cette spécialisation limite toutefois ses possibilités de fuite en cas de perturbations humaines importantes, renforçant l’importance d’une gestion fine de son territoire.
Chasse et gestion durable
La chasse à l’ibex de Beceite est strictement réglementée et intégrée à une stratégie globale de gestion durable. Autorisée uniquement sous forme de quotas annuels très limités, elle concerne essentiellement des mâles adultes sélectionnés, afin de ne pas compromettre la structure sociale ni la dynamique de reproduction. Les périodes de chasse sont définies après le rut et avant l’hiver, lorsque les animaux ont reconstitué leurs réserves et que les jeunes sont autonomes.
Les quotas sont établis à partir de données scientifiques précises : comptages visuels, suivis GPS, analyses démographiques et contrôles sanitaires. Les revenus générés par ces prélèvements encadrés sont réinvestis dans la conservation : surveillance vétérinaire, lutte contre la gale sarcoptique, restauration des habitats et amélioration des connaissances scientifiques. Cette approche fait de la chasse un outil de régulation, mais aussi de financement et de sensibilisation. Dans le cas de l’ibex de Beceite, la gestion cynégétique moderne repose sur une logique adaptative, capable d’ajuster les décisions aux évolutions sanitaires et environnementales. Naturalistes et gestionnaires s’accordent sur un point essentiel : la pérennité de cette sous-espèce emblématique dépend d’un équilibre subtil entre protection stricte, connaissance scientifique et usages responsables, où la chasse, pratiquée avec éthique et respect, participe à la conservation plutôt qu’à l’exploitation.