Dans de nombreux territoires ruraux, les petites lignes ferroviaires oubliées pourraient bientôt retrouver une seconde vie. Non plus avec des trains classiques, jugés trop coûteux à remettre en circulation, mais grâce à de curieux véhicules hybrides, capables de rouler aussi bien sur route que sur rail. Une innovation française qui pourrait séduire bien au-delà des simples déplacements du quotidien… jusque dans le monde cynégétique. Imagine-t-on demain des chasseurs rejoignant un massif forestier, un rendez-vous de battue ou un territoire isolé à bord de petites navettes ferroviaires électriques ? L’idée n’a plus rien d’utopique. Développé par la société d’ingénierie SICEF, membre du consortium Flexmove d’AKKA Technologies, le projet « Ferromobile » vise à remettre en service plusieurs milliers de kilomètres de voies ferrées abandonnées en France. Le principe est simple : adapter des vans dérivés du Peugeot e-Traveller afin qu’ils puissent circuler aussi bien sur route que sur rail grâce à un système de guidage spécifique. Ces véhicules, capables d’embarquer jusqu’à huit personnes, fonctionneraient soit selon des horaires réguliers, soit à la demande via une réservation mobile, à la manière d’un service de transport personnalisé. Pour les territoires ruraux, l’enjeu est considérable. Selon les estimations de l’entreprise, près de 5 700 kilomètres de petites lignes ferroviaires sont aujourd’hui inutilisés ou laissés à l’abandon en France. Des infrastructures souvent présentes dans des secteurs forestiers, agricoles ou montagneux où la dépendance à l’automobile reste très forte. Les premiers essais grandeur nature doivent débuter sur la ligne Courpière-Vertolaye, en Auvergne. Si le concept fonctionne, plusieurs régions comme la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne ou l’Occitanie pourraient suivre rapidement. Au-delà du transport public classique, certains observateurs imaginent déjà des usages beaucoup plus variés : accès facilité aux zones naturelles, desserte des villages isolés, écotourisme, pêche, randonnée… ou déplacements cynégétiques lors des grands week-ends d’ouverture. Le système présente plusieurs avantages : faible coût d’exploitation, réutilisation des infrastructures existantes, réduction des émissions de carbone et limitation du trafic routier dans les campagnes. Les véhicules circuleraient automatiquement sur les rails avant de retrouver une conduite classique sur route pour rejoindre les derniers kilomètres jusqu’aux destinations finales. Qualifiée d’innovation « frugale mais à fort impact » par plusieurs spécialistes du secteur automobile, le projet Ferromobile illustre peut-être une nouvelle façon de penser la mobilité rurale...