Parmi les grands écrivains cynégétiques du 19e siècle, Eugène Chapus (1800-1877) occupe une place singulière. Journaliste, romancier et chroniqueur, il n'a pas rédigé de traité technique comparable à ceux de Jacques du Fouilloux ou de Jacques d'Yauville. En revanche, il a largement contribué à faire connaître la chasse auprès d'un large public en décrivant avec talent les pratiques, les traditions et l'esprit cynégétique de son époque. Né à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, Eugène Chapus s'installe rapidement en métropole où il mène une brillante carrière dans la presse parisienne. Il devient l'un des pionniers du journalisme sportif français, collaborant notamment au quotidien Le Sport, consacré aux activités de plein air, aux courses hippiques, à la vénerie, au tir et à la vie des grands domaines. La chasse constitue l'un des fils conducteurs de son œuvre. Excellent observateur, Chapus fréquente les équipages, les forêts domaniales et les rendez-vous de chasse de l'aristocratie comme de la grande bourgeoisie. Ses récits témoignent d'une parfaite connaissance des usages cynégétiques du 19e siècle, qu'il restitue avec précision et élégance. En 1837, il publie « Les Chasses de Charles X », ouvrage consacré aux grandes chasses royales sous la Restauration. À travers ce livre, il retrace le fonctionnement des équipages, le rôle des veneurs, l'organisation des chasses à courre et la place de cette pratique dans la vie de cour. Quelques années plus tard, « Les Chasses princières en France » prolonge cette démarche en retraçant plusieurs siècles de traditions cynégétiques françaises, depuis les Valois jusqu'au Second Empire. Son ouvrage « Les Haltes de chasse », publié en 1860, est probablement celui qui illustre le mieux son attachement au monde de la chasse. Il y rassemble anecdotes, portraits de chasseurs, descriptions de journées en forêt et réflexions sur l'éthique cynégétique. Plus qu'un simple récit, ce livre restitue l'atmosphère conviviale des rendez-vous de chasse, où se mêlent passion du gibier, amour des chiens et respect des traditions. Eugène Chapus s'intéresse également à la chasse à tir. Dans « Le Sport à Paris », il consacre plusieurs chapitres aux armes, aux techniques de tir, aux territoires de chasse et aux principales espèces giboyeuses. Sans être un manuel pratique, cet ouvrage constitue un précieux témoignage sur les pratiques cynégétiques françaises de l’époque. Grâce à sa plume vive et accessible, Eugène Chapus a largement contribué à populariser la chasse dans la littérature française. Ses écrits demeurent aujourd'hui une source historique incontournable pour comprendre l'évolution des pratiques cynégétiques, l'organisation des grandes chasses et la place qu'occupait alors la chasse dans la société française. Plus qu'un simple chroniqueur, il fut l'un des premiers journalistes à faire de la chasse un véritable sujet de culture, de patrimoine et d'histoire.