Il fallait y penser. Pour protéger la nature, certains demandent désormais d’interdire la chasse sur les parcelles ravagées par les incendies. Une idée lumineuse, qui confirme surtout une chose : on peut aimer la nature sans toujours très bien la connaître. Car expliquer à un chasseur qu’il ne doit pas chasser sur une parcelle réduite en cendres, c’est un peu comme interdire à un pêcheur de jeter sa ligne dans un étang à sec. Le chasseur, figurez-vous, est capable de regarder autour de lui. Il constate qu’un incendie a détruit un territoire, que le gibier l’a déserté ou s’est déplacé, et il adapte naturellement sa pratique. Pas besoin pour cela d’un décret, d’une circulaire ou d’une application pour smartphone. Mais voilà le plus savoureux : le gibier, lui, n’a pas lu l’arrêté. Les animaux qui ont fui les secteurs brûlés se réfugient à proximité, dans les parcelles voisines. Et ils y restent. Avec les conséquences que l’on imagine : cultures endommagées, jeunes plantations consommées, dégâts supplémentaires pour les propriétaires et les agriculteurs. Faudrait-il donc interdire la chasse précisément là où les animaux se sont réfugiés ? Voilà une curieuse conception de la protection de la nature : laisser les dégâts s’installer pour pouvoir ensuite expliquer qu’il faut trouver une solution aux dégâts. On pourrait continuer. Une rivière déborde ? Interdisons aux promeneurs de s’en approcher. Un chemin devient impraticable ? Interdisons d’y marcher. Un étang est vide ? Défense d’y pêcher. Et puisque la forêt brûlée présente des dangers, pourquoi ne pas interdire tout simplement aux hommes d’y penser ? Le problème n’est pas que l’État veuille réglementer : ici, l’État sait justement que la situation doit être appréciée au cas par cas. Le problème vient de ceux qui veulent administrer la nature depuis un bureau, en imaginant qu’un interdit général remplacera l’observation du terrain. Les chasseurs, eux, n’ont pas attendu ces experts autoproclamés pour comprendre qu’on ne chasse pas de la même manière dans une forêt intacte et dans une zone dévastée par le feu. La nature n’est pas un manuel scolaire. Elle bouge, elle fuit, elle revient, elle s’adapte. Encore faudrait-il, avant de prétendre la gérer, accepter de l’observer.