Longtemps perçus comme de simples exécutants de terrain, les exploitants forestiers veulent désormais faire entendre leur voix au sommet de l’État. Réuni récemment au Sénat, puis reçu par le ministre délégué chargé de la Transition écologique, le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB) a tiré la sonnette d’alarme sur une situation jugée de plus en plus difficile pour les entreprises forestières françaises. Au cœur des préoccupations : l’accumulation des contraintes réglementaires, administratives et environnementales qui pèsent sur une profession pourtant essentielle à l’économie rurale et à la gestion durable des massifs. Devant le groupe d’études Forêt et filière bois du Sénat, présidé par Anne-Catherine Loisier, les représentants du SEFB ont dressé un constat sans détour : multiplication des normes, superposition des contrôles, pression sociétale croissante, vandalisme sur les chantiers forestiers, effets du changement climatique et inquiétudes autour du futur règlement européen contre la déforestation importée (RDUE), qui doit entrer pleinement en application fin 2026.
Dans les territoires ruraux, ces contraintes fragilisent des entreprises déjà confrontées à des conditions de travail difficiles. Excès de pluie, sécheresses à répétition, tempêtes ou attaques parasitaires compliquent l’exploitation forestière et désorganisent l’approvisionnement des scieries et de toute la filière bois française. Derrière les débats réglementaires, ce sont aussi des milliers d’emplois locaux qui sont en jeu. Pour tenter de répondre à cette situation, le syndicat a avancé trois propositions concrètes. D’abord, la création d’une caisse d’intempéries destinée à soutenir les entreprises forestières lors des crises climatiques, sur le modèle d’un financement partagé entre secteur public et privé. Ensuite, la mise en place d’un guichet administratif unique afin de simplifier les autorisations de coupe et de sécuriser juridiquement les exploitants. Enfin, le SEFB demande l’application effective de la carte professionnelle d’exploitant forestier, prévue depuis la loi Climat et Résilience de 2021 mais toujours absente sur le terrain. Au-delà des enjeux économiques, les professionnels rappellent aussi que la forêt française ne peut être pensée sans une gestion globale des équilibres naturels. Régénération des peuplements, pression du grand gibier, renouvellement des essences, biodiversité ou prévention des incendies : forestiers, propriétaires, sylviculteurs et acteurs cynégétiques restent étroitement liés dans la gestion quotidienne des massifs. Une forêt vivante ne repose pas uniquement sur des réglementations, mais aussi sur une connaissance fine du terrain et des réalités rurales. Les sénateurs présents ont accueilli favorablement les propositions du SEFB. Reste désormais à savoir si cette écoute politique débouchera sur des mesures concrètes pour une filière qui estime avoir longtemps porté seule le poids des contradictions françaises autour de la forêt.
Forêt française : la filière bois réclame du pragmatisme
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Forêt française : la filière bois réclame du pragmatisme