L'annonce est spectaculaire : 157 000 hectares de forêts supplémentaires protégés. À y regarder de plus près, l'essentiel de cette avancée se situe pourtant à plus de 7 000 kilomètres de Paris... Le Gouvernement a annoncé la création, ou l'extension, de neuf réserves biologiques représentant plus de 157 000 hectares de forêts placés sous protection renforcée. Présentée comme une avancée majeure dans le cadre de la Stratégie nationale pour la biodiversité 2030, cette mesure mérite toutefois d'être examinée dans le détail. Car derrière ce chiffre impressionnant, une réalité saute aux yeux : plus de 156 000 hectares concernent une seule et même réserve située en Guyane, celle des Pitons rocheux d'Armontabo.
Autrement dit, plus de 99 % des nouvelles surfaces annoncées se trouvent déjà au cœur d'un territoire amazonien parmi les plus préservés de la planète. Cela ne retire rien à l'intérêt écologique de cette décision. Les forêts guyanaises constituent un patrimoine naturel exceptionnel qu'il convient de préserver. Mais il est permis de s'interroger sur la portée concrète d'une communication laissant croire à un vaste mouvement de sanctuarisation à l'échelle de l'Hexagone, alors que les nouvelles réserves métropolitaines représentent, à elles toutes, moins d'un millier d'hectares. Ces nouvelles protections concernent néanmoins des milieux remarquables : hêtraies-sapinières des Vosges, forêts anciennes de Meuse, massifs méditerranéens de l'Hérault ou encore boisements périurbains de Seine-et-Marne. Certaines deviennent des réserves biologiques intégrales, laissées en libre évolution sans exploitation forestière, tandis que d'autres relèvent du statut de réserve biologique dirigée, impliquant une gestion active destinée à maintenir des habitats fragiles. Avec ces désignations, la France compte désormais 276 réserves biologiques. La part du territoire bénéficiant d'une protection forte atteint 6,43 %, contre 6,2 % auparavant, l'objectif fixé étant d'atteindre 10 % d'ici 2030. L'existence de ces réserves rappelle surtout que la protection des écosystèmes forestiers n'est pas une nouveauté. Depuis plusieurs décennies, l'ONF met en œuvre des dispositifs conciliant préservation de la biodiversité, connaissance scientifique et gestion durable des espaces boisés. Si la progression annoncée est donc bien réelle, elle illustre aussi les limites de la communication par les grands nombres. Entre l'effet d'annonce et la réalité du terrain, il existe parfois un fossé... large de 156 000 hectares guyanais.
Forêts : 157 000 hectares supplémentaires placés sous protection renforcée
ACCUEIL
>
>
Forêts : 157 000 hectares supplémentaires placés sous protection renforcée