Les grands carnivores connaissent depuis plusieurs décennies une expansion de leur aire de répartition dans plusieurs régions d'Europe et d'Amérique du Nord. Cette dynamique ne concerne toutefois pas toutes les populations. Certaines demeurent stables malgré la présence d'habitats favorables. C'est notamment le cas du loup gris dans la péninsule Ibérique, dont la distribution est restée peu modifiée au cours des trente dernières années. Afin d'étudier cette situation, les chercheurs ont développé un modèle individuel spatialement explicite simulant la dynamique de la population ibérique.
Ce modèle intègre les caractéristiques du paysage ainsi que les principaux paramètres démographiques de l'espèce, notamment la survie, la reproduction, la taille des groupes familiaux et les déplacements des individus dispersants. Les simulations montrent qu'une diminution de 10 % de la mortalité des loups résidents entraîne une augmentation moyenne de 11 % de la taille des groupes, une hausse de 8 % du succès reproducteur et un allongement d'environ 130 % des distances de dispersion. À l'échelle de trente ans, ces effets se traduisent par un doublement de l'aire de répartition de la population étudiée, même lorsque la mortalité des individus dispersants reste inchangée. Le modèle met également en évidence le rôle de l'organisation sociale des meutes. Les loups vivent en groupes familiaux constitués d'un couple reproducteur et de sa descendance. Une mortalité élevée parmi les individus résidents réduit la taille des meutes, favorise la disparition des reproducteurs et diminue le succès de la reproduction. Ces modifications affectent ensuite les déplacements des jeunes loups quittant leur groupe pour coloniser de nouveaux territoires. Le document rappelle également l'évolution du cadre juridique. Jusqu'en 2021, les loups pouvaient être chassés ou faire l'objet de tirs de gestion sur une grande partie de l'Espagne. Une protection nationale a ensuite été instaurée avant d'être partiellement remise en cause en 2025 par une modification législative autorisant de nouveau des opérations de contrôle dans certaines régions, sous réserve des décisions judiciaires. Les auteurs indiquent enfin que plusieurs centaines de loups ont été légalement prélevés entre 2008 et 2013 et soulignent que les données disponibles suggèrent également l'existence d'une mortalité illégale, dont l'ampleur demeure difficile à évaluer.
Le frein invisible à l'expansion du loup
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Le frein invisible à l'expansion du loup