Pendant des années, certains mouvements écologistes ont présenté Genève comme la preuve éclatante qu'une société moderne pouvait se passer de chasse. Les chasseurs ? Des vestiges d'un autre âge. La régulation ? Une excuse. La nature ? Elle s'équilibrerait toute seule, pour peu que l'homme cesse d'intervenir. Le conte était séduisant. La réalité, elle, l'est beaucoup moins. Car voilà que le Conseil d'État genevois vient d'annoncer la reconduction des tirs de régulation des cerfs, du 1er novembre 2026 au 31 janvier 2027 dans les bois de Versoix et de Collex-Bossy, et une nouvelle saison d'intervention pourrait même être programmée en 2027-2028 si la situation le justifie. Parallèlement, les tirs de régulation concerneront également les sangliers. Pourquoi ? Parce que les populations explosent, que les dégâts forestiers s'accumulent et que les cultures subissent les conséquences d'une gestion déconnectée du terrain. Les mêmes autorités qui vantaient l'exemplarité du modèle genevois reconnaissent désormais la nécessité de prélever des animaux pour préserver les équilibres écologiques. La différence ? On ne parle plus de chasse, mais de « tirs de régulation ». On ne fait plus appel à des chasseurs bénévoles formés et passionnés, mais à des gardes de l'environnement salariés. Le résultat est pourtant identique : des animaux sont abattus parce que c'est devenu indispensable. Cette situation met surtout en lumière une certaine hypocrisie. Pendant des années, le monde cynégétique a été caricaturé, accusé de tous les maux et désigné comme incompatible avec la protection de la nature. Or, lorsque les réalités biologiques et agricoles reprennent leurs droits, ce sont précisément les principes de gestion défendus depuis longtemps par les chasseurs qui s'imposent. Non, la nature ne s'autorégule pas miraculeusement dans des territoires fragmentés, urbanisés. Non, il ne suffit pas d'installer quelques clôtures pour résoudre durablement les problèmes. Et non, remplacer le mot « chasse » par « régulation » ne change rien aux nécessités du terrain. Peut-être est-il temps de reconnaître que les chasseurs ne sont pas le problème, mais font partie de la solution. Genève ne démontre donc pas que la chasse est inutile. Elle prouve exactement l'inverse : même dans le laboratoire rêvé des anti-chasse, la régulation demeure indispensable. Seul le vocabulaire change. La réalité, elle, finit toujours par rattraper l'idéologie.