Le Grand Tétras et le Lagopède alpin franchissent une nouvelle étape réglementaire : leur inscription sur la liste des oiseaux protégés, qui doit mettre fin à leur statut d’espèces chassables sur l’ensemble du territoire français. Pour le Grand Tétras, la chasse était déjà suspendue depuis 2022 par un moratoire de cinq ans, après que le Conseil d’État eut jugé son état de conservation préoccupant. Pour le Lagopède, le Conseil d’État a également imposé, en mars 2026, une suspension de la chasse pendant au moins cinq ans, considérant son état de conservation mauvais et sa dynamique défavorable. Avant ces suspensions, les prélèvements du Lagopède étaient pourtant déjà extrêmement encadrés : durant la saison 2024-2025, seuls trois des sept départements concernés autorisaient encore sa chasse, avec des quotas compris entre 3 et 24 oiseaux selon les territoires.
Le Grand Tétras, lui, avait encore fait l’objet de quotas départementaux très faibles avant le moratoire ; dans les Hautes-Pyrénées, par exemple, le prélèvement était déjà fixé à zéro pour 2025-2026, comme celui du Lagopède. La chasse constitue donc désormais une pression supprimée ou appelée à l’être. Mais elle n’était pas la seule. Pour le Grand Tétras, l’OFB et l’Observatoire des galliformes de montagne évoquent une combinaison de facteurs : qualité et fragmentation des habitats, dérangement lié aux activités humaines, usages de la montagne et évolution des relations prédateurs-proies. Pour le Lagopède, le constat est encore plus directement lié au climat : oiseau adapté au froid, il subit la réduction de l’enneigement, le réchauffement, les parasites et la diminution de ses habitats favorables. Le Conseil d’État a d’ailleurs relevé que, même si la chasse n’est pas considérée comme le principal facteur du déclin du Lagopède, cette circonstance ne faisait pas obstacle à la suspension de sa chasse. La véritable question commence donc après l’interdiction de tirer. Que fait-on pour que ces oiseaux puissent réellement vivre, se reproduire et reconquérir leurs territoires ? Pour le Grand Tétras, cela passe par la restauration et la gestion des habitats forestiers : conserver des peuplements adaptés, préserver les zones de reproduction, limiter le dérangement durant les périodes sensibles et réduire les obstacles ou infrastructures susceptibles de provoquer des collisions. Pour le Lagopède, le défi est encore plus difficile car il s’agit d’une espèce de haute montagne particulièrement exposée au changement climatique. Restaurer l’habitat ne suffira pas si les conditions thermiques continuent de se dégrader : il faut donc agir simultanément sur le dérangement, les infrastructures, le pastoralisme lorsque celui-ci dégrade les milieux favorables, les activités touristiques et la connaissance des populations. Le Grand Tétras et le Lagopède alpin nous rappellent ainsi une évidence : protéger une espèce, ce n’est pas seulement empêcher qu’on la prélève. C’est surtout faire en sorte qu’elle puisse encore trouver demain un endroit où vivre.
Grand Tétras et Lagopède alpin : protéger ne suffit pas, il faut sauver leur montagne
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Grand Tétras et Lagopède alpin : protéger ne suffit pas, il faut sauver leur montagne