Le virus de l’Influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), et plus particulièrement la souche H5N1, ne représente plus seulement une menace pour les élevages de volailles. Depuis plusieurs années, il frappe durement la faune sauvage à travers le monde, décimant des milliers d’oiseaux marins, de rapaces et même certains mammifères. Cette propagation sans précédent inquiète également les gestionnaires de la faune, les scientifiques et les acteurs du monde de la chasse, qui observent avec attention ses conséquences sur les populations d’oiseaux migrateurs et d’espèces patrimoniales. Une étude publiée dans la revue « Nature Communications » apporte toutefois une lueur d’espoir. Des chercheurs français du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE), de l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) et du laboratoire national de référence de l’Anses ont testé avec succès un vaccin contre l’IAHP sur des poussins de manchots royaux vivant en liberté dans l’archipel subantarctique de Crozet. Le vaccin, développé à l’origine pour protéger les volailles domestiques, cible la protéine H5 du virus. Les jeunes manchots ont reçu une première injection à l’âge de 45 jours, puis un rappel un peu plus d’un mois plus tard. Les résultats sont particulièrement encourageants : aucune conséquence négative n’a été observée sur leur développement, tandis que leur système immunitaire a produit une réponse forte, durable et capable de neutraliser efficacement le virus. Au-delà du cas des manchots royaux, cette expérimentation ouvre des perspectives inédites pour la conservation de nombreuses espèces sauvages. Depuis 2021, la panzootie de H5N1 est considérée comme la plus importante jamais enregistrée. Elle a provoqué des mortalités massives chez les oiseaux marins, les albatros, les fous de Bassan, les sternes, les pélicans ou encore des rapaces emblématiques. Des espèces déjà fragiles, comme le condor de Californie, ont également été touchées. Pour les gestionnaires de la faune et le monde cynégétique, cette avancée scientifique présente un intérêt particulier. Les oiseaux sauvages, notamment les migrateurs, jouent un rôle majeur dans la circulation naturelle des virus influenza. Comprendre leur immunité et disposer, dans certains cas exceptionnels, d'un outil vaccinal pourrait contribuer à préserver des populations menacées sans perturber leur fonctionnement naturel. Il n'est évidemment pas question de vacciner l'ensemble de la faune sauvage. Une telle stratégie serait irréaliste à grande échelle. En revanche, elle pourrait être envisagée pour des espèces rares, insulaires ou en danger critique d'extinction, lorsque la survie d'une population entière est en jeu. L'arrivée du H5N1 dans le sud de l'océan Indien à l'automne 2024 confirme que cette maladie continue de gagner de nouveaux territoires.