Dans la Loire comme dans l’Ain, l’Office national des forêts (ONF) expérimente de nouvelles méthodes pour préparer les peuplements forestiers aux conditions climatiques futures. À Conol-Robert-Bruyère, dans la Loire, et dans la forêt domaniale de Meyriat, dans l’Ain, des plantations sont réalisées sous couvert forestier, afin d’introduire progressivement des essences mieux adaptées au changement climatique sans bouleverser les peuplements existants. À Conol-Robert-Bruyère, la méthode repose sur de petits îlots de 16 plants, espacés d’un mètre, avec 30 à 35 îlots par hectare, soit environ 500 plants. Sapin de Bornmüller, sapin de Nordmann, hêtre, cèdre de l’Atlas et douglas ont été retenus pour leur capacité à mieux supporter les conditions climatiques attendues. Les essences d’ombre sont installées au cœur du peuplement, tandis que le cèdre et le douglas prennent place dans les secteurs plus lumineux. À Meyriat, dans un peuplement vulnérable, neuf îlots denses de sapin de Bornmüller ont été implantés après une coupe. Cette essence, capable de pousser sous couvert et plus résistante à la sécheresse, doit contribuer à diversifier les futures générations de sapins. La technique se veut légère : travail limité du sol à Conol, déplacement des rémanents à Meyriat et maintien des cloisonnements forestiers. Les jeunes plants sont par ailleurs protégés avec du Trico, un répulsif naturel destiné à limiter les dégâts causés par les cervidés. Cette protection rappelle directement l’un des enjeux de la gestion forestière : concilier renouvellement des peuplements et présence du gibier. Cerfs et chevreuils peuvent exercer une pression importante sur les jeunes plants, particulièrement lorsque les ressources alimentaires disponibles diminuent. La réussite de ces plantations dépend donc aussi de l’équilibre entre la capacité de régénération de la forêt et les populations de grands ongulés. L’objectif de l’ONF est d’anticiper plutôt que de subir. Les peuplements concernés sont encore relativement peu touchés par le scolyte, mais leur renouvellement doit être préparé dès maintenant. De nouveaux îlots pourront être installés au gré des coupes et des ouvertures forestières. Cette démarche repose enfin sur le dialogue avec élus et ayants droit. Diversifier la forêt aujourd’hui, c’est préparer des habitats plus résilients demain, pour les arbres comme pour la faune sauvage. (Photo ONF)