Dans cette perspective, le rôle de la faune sauvage devient déterminant, notamment à travers la question de l’équilibre forêt-gibier. Aujourd’hui, près de la moitié des forêts domaniales souffrent d’un déséquilibre lié à la surpopulation de grands ongulés comme les cerfs, chevreuils et sangliers. En broutant massivement les jeunes pousses, ces animaux compromettent la régénération des peuplements, y compris ceux issus des efforts d’adaptation au climat. La disparition historique des grands prédateurs naturels a rompu les mécanismes de régulation, transférant cette responsabilité à l’humain. La chasse devient alors un outil écologique à part entière, indispensable pour permettre à la forêt de se renouveler. Mais la faune ne se résume pas à un problème de pression : elle est aussi une alliée. Les insectes pollinisateurs, les oiseaux insectivores, les chauves-souris ou encore les organismes du sol participent à la santé des forêts en limitant les ravageurs, en enrichissant les sols et en favorisant la diversité biologique. C’est pourquoi la protection d’espaces en libre évolution, comme les réserves biologiques intégrales, occupe une place croissante dans la stratégie forestière. Ces zones permettent d’observer les dynamiques naturelles entre flore et faune, et d’en tirer des enseignements pour la gestion future. À l’horizon incertain du climat, la forêt publique de demain se dessine comme un écosystème plus divers, plus souple et plus vivant, où la faune n’est plus un simple élément à contenir, mais un partenaire essentiel de la résilience. Agir aujourd’hui, malgré les incertitudes, revient à reconnaître que la survie des forêts passe par le rétablissement d’équilibres écologiques complets, où chaque espèce joue un rôle clé dans la capacité des milieux forestiers à s’adapter et à durer.