Longtemps considéré comme l'un des grands félins les plus adaptables d'Afrique, le léopard (Panthera pardus) continue pourtant de voir ses effectifs diminuer. Une vaste étude menée à l'échelle de l'Afrique subsaharienne dresse un état des lieux inédit de l'espèce et conclut que les populations sont nettement moins importantes que les estimations retenues jusqu'à présent. Les auteurs estiment qu'une révision urgente des stratégies de conservation et des quotas de chasse est désormais indispensable. Les chercheurs rappellent que le léopard a déjà disparu d'environ 41 % de son aire de répartition historique en Afrique. La perte et la fragmentation des habitats, le recul des populations de proies sauvages, le braconnage, les conflits avec les éleveurs figurent parmi les principales causes de ce déclin.
Pour établir une estimation plus fiable des effectifs, les scientifiques ont compilé plusieurs centaines d'études de terrain portant sur la densité des léopards. Ces données ont été intégrées dans un modèle combinant qualité de l'habitat, disponibilité des proies et pressions exercées par les activités humaines. L'analyse montre que la densité des léopards diminue fortement à proximité des zones habitées, dans les secteurs agricoles et dans les régions où l'élevage de moutons et de chèvres est important. À l'inverse, les populations sont plus abondantes dans les paysages riches en ongulés sauvages, notamment les bovidés et les suidés. Selon cette nouvelle modélisation, la population actuelle de léopards en Afrique subsaharienne serait inférieure à 140 000 individus, sensiblement inférieure aux estimations historiques. Cette réévaluation a des conséquences directes pour la gestion de l'espèce. Les auteurs montrent que, dans plus de la moitié des pays concernés, les quotas d'exportation de trophées autorisés par la CITES dépassent le seuil considéré comme durable, fixé à environ 10 % de la population de mâles adultes. Une révision des quotas apparaît donc nécessaire afin d'éviter une surexploitation locale. L'étude apporte également une vision plus optimiste en estimant que, si les habitats étaient restaurés et les populations de proies reconstituées, l'Afrique subsaharienne pourrait accueillir au moins 30% de léopards en plus, dans les conditions écologiques actuelles. Au-delà de ce constat, les chercheurs proposent un véritable outil d'aide à la décision. Leur modèle permet d'identifier les secteurs où les investissements en conservation seront les plus efficaces, qu'il s'agisse de protéger les habitats, de restaurer les populations de proies, de limiter les conflits avec les activités humaines ou d'adapter les politiques nationales de chasse. Ces travaux fournissent ainsi une base scientifique solide pour orienter la conservation du léopard à travers l'ensemble de son aire de répartition africaine.
Léopard d'Afrique : une population bien plus faible qu'estimé
ACCUEIL
>
>
Léopard d'Afrique : une population bien plus faible qu'estimé