Ces jeunes loups de l’année précédente, que l’on appelle louvards, ont bien grandi. Ils quittent ou vont bientôt s’éloigner de leur meute d’origine pour partir à la conquête de nouveaux territoires. Cette phase de dispersion est bien connue des spécialistes. Elle l’est tout autant des éleveurs, qui savent qu’elle s’accompagne souvent d’une recrudescence des attaques sur les troupeaux. Chaque été, le même scénario se répète. Les prédations augmentent, les nuits deviennent plus longues, les inquiétudes plus fortes et les pertes plus lourdes. Pendant ce temps, les discours officiels continuent de vanter une coexistence présentée comme possible, voire exemplaire. Pour beaucoup d'agriculteurs, cette promesse ressemble désormais à une plaisanterie qui n'en finit pas de faire pleurer. Les Chambres d'Agriculture, à l'initiative de la Coordination Rurale, viennent d'adopter une motion demandant à l'État de revoir sa politique de gestion du loup. Les revendications sont concrètes : faciliter les tirs de défense, autoriser les lunettes thermiques, améliorer la transparence du comptage des loups grâce aux analyses génétiques, financer intégralement les moyens de protection, indemniser tous les préjudices, y compris indirects, et reconnaître enfin les conséquences psychologiques des attaques sur les éleveurs et leurs familles. Ces demandes ne traduisent pas une opposition de principe à la présence du loup. Elles expriment surtout l'exaspération de professionnels qui ont le sentiment de supporter seuls le coût d'une politique décidée loin des pâturages. Derrière chaque attaque se cachent des animaux perdus, des investissements réduits à néant, des nuits sans sommeil et parfois la remise en question de toute une exploitation. Certes, le retour du loup constitue un enjeu de biodiversité (quoique...), mais la sauvegarde d'une espèce protégée ne peut ignorer ceux qui entretiennent les paysages, produisent notre alimentation et font vivre les territoires ruraux. Une politique crédible ne peut se limiter à compter les loups. Elle doit aussi mesurer les conséquences de leur présence sur celles et ceux qui en subissent quotidiennement les effets. Faute d'un véritable changement de cap, la fracture entre le monde rural et les décideurs ne pourra que s'aggraver.