Un canard qui niche en Finlande peut très bien passer l’hiver en France. Entre les deux, il aura traversé plusieurs pays, parfois des milliers de kilomètres. Pour les oiseaux migrateurs, les frontières administratives n’existent pas. Leur survie dépend de la qualité des habitats disponibles tout au long de leur parcours, de la zone de reproduction aux sites d’hivernage, en passant par les haltes migratoires. Le Canard siffleur en fournit une parfaite illustration. Une partie de ses zones de reproduction européennes se situe dans le nord de la Scandinavie et les pays baltes, tandis que l’essentiel de la population niche bien plus à l’est, en Russie. La Finlande constitue ainsi un territoire majeur pour sa reproduction en Europe. Or, comme pour plusieurs autres espèces de sauvagine, la qualité et la disponibilité des zones humides favorables à la reproduction sont aujourd’hui sous pression. La disparition des zones humides est donc un problème qui dépasse largement les frontières d’un seul pays. Urbanisation, artificialisation, évolution des pratiques agricoles ou aménagement du territoire contribuent à réduire les habitats disponibles. Pour les chasseurs de gibier d’eau, cette évolution est particulièrement préoccupante : une chasse durable suppose avant tout des populations sauvages en bonne santé et des habitats capables de les accueillir. C’est dans cette logique qu’une initiative mérite d’être particulièrement mise en avant. Des organisations cynégétiques de sept pays d’Europe du Nord ont créé le Waterfowlers’ Network, un réseau destiné à favoriser la gestion transfrontalière de la sauvagine et son utilisation durable. L’originalité de la démarche est de ne pas se limiter à défendre la chasse. Le réseau investit également dans la restauration et la création d’habitats de reproduction, notamment en Finlande. Des financements sont ainsi mobilisés pour transformer concrètement des territoires dégradés en nouvelles zones favorables à la reproduction des oiseaux d’eau. L’initiative appelle désormais les chasseurs et leurs organisations dans toute l’Europe à participer à cet effort. Les contributions collectées sont destinées à financer des projets de restauration, en coopération avec les programmes déjà engagés sur le terrain. Cette démarche porte un message particulièrement intéressant : la défense de la chasse au gibier d’eau peut aussi passer par l’investissement direct dans la conservation des habitats. Car protéger les zones de reproduction en Finlande, en Scandinavie ou ailleurs, c’est aussi contribuer à préserver les oiseaux qui fréquenteront quelques mois plus tard les zones humides françaises. Puisque les oiseaux ne connaissent pas les frontières, leur conservation ne devrait pas en connaître non plus...