L’offensive lancée par Willy Schraen contre les projets d’évolution du statut des lieutenants de louveterie a le mérite d’ouvrir un débat de fond sur la place réelle de la louveterie dans l’organisation de la régulation de la faune sauvage en France. Car derrière les échanges musclés, les amendements déposés discrètement et les accusations de passage en force, une question essentielle demeure : où commence la chasse… et où s’arrête-t-elle ? Le président de la Fédération nationale des chasseurs reproche à la louveterie nationale de vouloir renforcer son autonomie vis-à-vis des fédérations départementales, et de transformer progressivement le corps des louvetiers en véritable bras opérationnel de l’État. Une évolution qu’il juge dangereuse, craignant l’apparition d’un contre-pouvoir rural échappant à l’influence du monde cynégétique. Mais dans sa démonstration, Willy Schraen oublie un point fondamental : l’État dispose historiquement de ces deux outils distincts pour gérer les populations animales sauvages. D’un côté, la chasse, exercée dans le cadre des périodes légales d’ouverture par les détenteurs d'un droit de chasse. De l’autre, la louveterie, qui intervient au nom de l’administration lorsque les chasseurs ne peuvent pas agir, notamment hors période de chasse ou dans les zones non chassables : emprises ferroviaires, autoroutières, industrielles, périurbaines et zones de protection. Certes, les louvetiers sont des chasseurs puisqu’il faut être titulaire du permis depuis au moins cinq ans pour intégrer ce corps, mais leur mission ne relève pas de l’activité cynégétique classique. Une battue administrative n’est pas un acte de chasse. C’est une opération décidée par l’autorité préfectorale dans un objectif de sécurité publique, sanitaire ou agricole. Et c’est précisément cette frontière que beaucoup semblent aujourd’hui vouloir brouiller...

Le véritable sujet n’est donc peut-être pas celui avancé par la FNC. Car la question la plus sensible concerne surtout les interventions administratives réalisées sur des territoires de chasse, pendant la saison légale d’ouverture. C’est là que naissent les tensions. Les chasseurs financent leurs territoires, participent à l’indemnisation des dégâts de grand gibier et assument des plans de prélèvement parfois lourds. Voir des animaux éliminés administrativement en pleine saison cynégétique peut alors être vécu comme une dépossession. Sur ce point, Willy Schraen aurait sans doute gagné à recentrer son opposition. Pendant l’ouverture générale de la chasse, c’est d’abord aux chasseurs de remplir leurs obligations de gestion. La louveterie, elle, ne devrait intervenir qu'en complément, lorsque les objectifs n’ont pas été atteints, ou lorsque la situation l’exige réellement. C’est donc en fin de saison de chasse que le rôle correctif du « bras armé » de l’administration prend tout son sens. Confondre volontairement gestion cynégétique et destruction administrative entretient un amalgame qui finit par fragiliser les deux systèmes. Les fédérations de chasseurs assurent la gestion cynégétique. La louveterie, elle, exerce une mission d’autorité publique. Les deux peuvent travailler ensemble sans pour autant se confondre. Reste la question sensible des nominations. Les louvetiers sont déjà nommés par arrêté préfectoral après avis des services de l’État et consultations locales. Les fédérations départementales donnaient jusqu’ici leur avis sur les candidatures, mais elles n’ont jamais détenu le pouvoir de nomination. La réforme envisagée ne bouleverse donc pas totalement le principe existant. Elle clarifie surtout une séparation entre mission cynégétique et mission administrative qui, sur le terrain, a parfois tendance à devenir floue.