Face à cette recrudescence des cas, la communauté vétérinaire intensifie ses travaux afin de mieux comprendre les mécanismes de circulation du virus au sein des populations de sangliers. Les études récentes montrent que la diffusion du SHV-1 ne dépend pas uniquement des densités animales. Les comportements sociaux, les déplacements saisonniers, la période de reproduction ou encore les perturbations liées aux activités humaines pourraient influencer la réactivation du virus chez des animaux porteurs asymptomatiques. Cette réalité complique considérablement la surveillance épidémiologique. Un sanglier apparemment sain peut ainsi excréter le virus et constituer une source d’infection pour les chiens. La question vaccinale demeure également au centre des préoccupations. Si les campagnes de vaccination ont largement contribué à l’assainissement des élevages porcins, leur transposition à la faune sauvage se heurte à d’importantes difficultés logistiques et économiques. En France, aucun vaccin spécifiquement autorisé et reconnu comme totalement protecteur chez le chien n’est actuellement disponible contre la maladie d’Aujeszky. Pourtant, face à l’inquiétude grandissante des utilisateurs de chiens courants, des initiatives émergent sur le terrain. La Fédération des Associations de chasseurs aux chiens courants (FACCC) a récemment annoncé travailler à « la mise en place d’une campagne de vaccination à l’échelle nationale ».
Dans le document diffusé auprès de ses adhérents, elle précise que cette démarche est engagée « face à la recrudescence des inquiétudes liées à la maladie d’Aujeszky et conformément aux travaux menés avec nos partenaires institutionnels et vétérinaires ». Le projet reposerait sur l’identification de vétérinaires partenaires, le recensement des besoins au niveau départemental et l’organisation de séances collectives de vaccination. La FACCC rappelle également que le vaccin actuellement utilisé est conditionné en flacons de quarante doses, nécessitant le regroupement « d’un minimum de 40 chiens » pour permettre l’organisation des campagnes dans des conditions techniques et économiques acceptables.
Adopter les bons réflexes sur le terrain
À l’approche de chaque ouverture de la chasse, la prévention reste donc le principal rempart contre cette maladie dévastatrice. Les vétérinaires recommandent avant tout de limiter autant que possible les situations à risque. Il est notamment fortement déconseillé de distribuer de la viande ou des abats crus de sanglier aux chiens, même lorsque l’animal chassé paraît en parfaite santé. Après une battue, les contacts prolongés avec les carcasses devraient également être évités. Le port de gants lors de l’éviscération, le nettoyage et la désinfection du matériel de chasse constituent des mesures simples mais essentielles. Une vigilance accrue doit être portée aux jeunes chiens, souvent plus exposés lors de leurs premières expériences de chasse au sanglier. Tout changement brutal de comportement (agitation inhabituelle, salivation excessive, démangeaisons intenses, troubles respiratoires ou neurologiques...) doit conduire à une consultation vétérinaire immédiate. Dans ce contexte, les campagnes d’information conduites par les fédérations de chasseurs, les services vétérinaires et les laboratoires départementaux prennent une importance croissante. Au-delà de la protection des chiens, la maladie d’Aujeszky rappelle que la gestion sanitaire de la faune sauvage constitue désormais un enjeu majeur. L’expansion des populations de sangliers et la multiplication des interfaces entre animaux domestiques, élevages et milieu naturel imposent une vigilance permanente. La FACCC résume d’ailleurs cet impératif dans son appel à mobilisation : « Ensemble, mobilisons-nous pour renforcer la protection de nos chiens face à cette maladie toujours mortelle lorsqu’elle est contractée. » Un message qui résonne particulièrement dans le monde de la chasse, où le chien demeure un compagnon de travail irremplaçable, mais aussi un maillon fragile face à certaines menaces sanitaires émergentes.