L’expérience du terrain
S’il y a bien des points communs dans les observations faites par les gens de terrain, l’analyse la plus complète tient compte de trois éléments essentiels : l’émetteur (l’animal de chasse), le récepteur (le chien), et les agents transmetteurs (les phénomènes qui influencent la voie). Dans son ouvrage « La vénerie à pied », Patrick Verro donne une explication rationnelle : « Tout animal émet en continu des signaux odorants ainsi déterminés :
- structurels, car liés à l’identité de l’animal (lièvre, chevreuil, renard, …), à son type (mâle ou femelle) et à sa situation (adulte ou jeune) ;
- conjoncturels, car liés à l’état de l’animal (peur, agressivité, blessure, maladie…) ;
- cycliques, car liés à l’activité sexuelle ;
- réactifs, car liés à des réflexes comme le léchage ou la tétée.
Plus le sentiment laissé par le gibier, qui émane de son corps, de ses pieds, de sa respiration, sera fort, plus la qualité de la voie sera meilleure, ce qui dépend des agents transmetteurs. On sait que, plus la température de l’air se rapproche de celle du sol, meilleure est la voie. La pression atmosphérique, le temps, la température, la nature du terrain, la végétation, l’ensoleillement, le vent, sont autant d’agents qui exercent une influence. La complexité réside donc dans la relation entre ces différents critères, pouvant eux même changer d’intensité à tout moment.
Difficile de tenir compte de l’association de tous ces facteurs dans l’accomplissement d’une fonction, mais les veneurs savent parfaitement exploiter les voies aériennes (atmosphère) et les voies de contact (sol, végétation), qui est plus persistante.
De nombreuses expériences ont été réalisées sur les muqueuses olfactives du chien et leurs relations avec le milieu extérieur. On sait, par exemple, qu’un chien qui a faim a une perception olfactive diminuée. Mais les qualités de nez dépendent aussi des origines (qualité des géniteurs) et de la race, d’où l’intérêt du LOF pour suivre les lignées. Le chien et la voie sont indissociables. L’interjection du piqueux qui met sa meute à la voie, est éloquente : elle allie l’expérience, la technique, le rêve et la réalité, qui donnent à la chasse cette image mythique et naturelle. Sans son chien, le chasseur est faible, et nos auxiliaires sont irremplaçables, même si parfois... ils tombent en défaut.
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