Longtemps sous-estimée, la salinisation des cours d’eau européens prend une ampleur préoccupante. Une étude scientifique publiée en 2026 révèle un phénomène largement répandu, susceptible de perturber les écosystèmes aquatiques et, indirectement, la faune sauvage qui dépend des zones humides. L’eau douce des rivières contient naturellement des sels minéraux. Le problème apparaît lorsque leur concentration augmente anormalement sous l’effet des activités humaines et du changement climatique. Une étude relayée par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, portant sur 23 000 kilomètres de cours d’eau dans 28 pays européens, met en évidence l’étendue du phénomène. Les chiffres sont révélateurs : la concentration en sels a augmenté de 50 % dans plus d’un quart des rivières étudiées et a doublé dans 14 % d’entre elles. Dans 2 % des cours d’eau, la salinisation dépasse un seuil considéré comme critique pour la biodiversité. Les causes sont multiples : sel répandu sur les routes en hiver, rejets industriels, apports agricoles et diminution des débits. Les sécheresses accentuent le phénomène en concentrant les sels dans un volume d’eau réduit. Sur le littoral, la remontée d’eau salée peut également affecter certains cours d’eau. Les conséquences écologiques peuvent être importantes. De nombreuses espèces aquatiques, adaptées à l’eau douce, supportent mal une hausse excessive de la salinité. La disparition ou la raréfaction de certaines d’entre elles perturbe les chaînes alimentaires et l’équilibre des milieux. En 2022, dans l’Oder, fleuve séparant l’Allemagne et la Pologne, une hausse de la salinité associée à des rejets industriels et à la sécheresse a favorisé la prolifération d’une algue toxique, responsable d’une mortalité massive de poissons. La France est également concernée. Selon l’étude, 6 % du réseau étudié présente une concentration en sels ayant doublé par rapport à son niveau naturel. Autour de Varangéville, près de Nancy, certaines rivières sont sept fois plus salées ; l’Arnoult, en Charente-Maritime, atteint quatre fois son niveau naturel.

Quelles conséquences pour le gibier ?

Les effets directs sur les populations chassables restent encore peu documentés, mais les risques indirects méritent attention. La dégradation des milieux aquatiques peut réduire les ressources alimentaires des canards, sarcelles et bécassines, notamment lorsque les invertébrés et autres organismes dont ils se nourrissent se raréfient. Les zones humides, essentielles à de nombreuses espèces migratrices, peuvent ainsi perdre une partie de leur intérêt écologique. Le chevreuil et le sanglier pourraient également subir les conséquences d’une dégradation durable de leurs habitats riverains. Ces effets ne sont toutefois pas systématiques et dépendent de l’intensité de la salinisation et des caractéristiques locales. La conclusion est claire : la salinisation constitue une pression supplémentaire sur des écosystèmes déjà fragilisés. Mesurer les concentrations, identifier les sources de pollution et fixer des seuils adaptés aux espèces sont désormais indispensables. Préserver la qualité des rivières, c’est aussi protéger les zones humides, la biodiversité et les habitats dont dépend une partie de notre faune sauvage.