Tentant de recharger son fusil, Étienne constata avec horreur que sa cartouchière (et son couteau) étaient restés à la maison. Sans aucun salut possible, il fit ce que tout héros du dimanche ferait : il grimpa dans le seul arbre capable de soutenir son poids. Là, suspendu comme un décor de théâtre médiéval, il regarda le sanglier monter la garde. Une heure passa, puis deux. Alors que le sanglier se couchait dans une bauge creusée à la hâte de quelques coups de groin à quelques mètres de l'arbre, Drisse, fidèle et pragmatique, faisait de même à distance respectable, observant la scène comme si de rien n’était. Le soir, au village, l’inquiétude régnait. Deux copains chasseurs se mirent donc en quête du Matador disparu, et découvrirent l'insolite spectacle. Étienne, posé sur sa branche, hurla des instructions aussi claires qu’un code Morse incompréhensible. Cependant, quelques minutes plus tard, un coup de fusil bien placé mit fin aux hostilités. Le retour au village fut triomphal… pour le sanglier transformé en venaison, mais catastrophique pour le Matador. Les railleries fusèrent, les histoires se gonflèrent et la légende du Foultot fut à jamais inscrite dans les annales locales. On raconte encore qu’à chaque fin de chasse, Drisse, la petite bâtarde espiègle, regardait les humains avec ce petit air de « vous voyez ce que ça coûte de se prendre pour un héros ? ».
Le sous-préfet… et la maladresse légendaire
Dans le même registre, un numéro de janvier 1885 de la Gazette du Centre, relate les mésaventures du sous-préfet de Rochechouart, Monsieur de Labrunie, en pleine grande chasse aux environs du village. Accompagné d’une meute de vingt chiens et de chasseurs enthousiastes, il s’élança dans les bois avec un courage qui frôlait l’inconscience. Alors que la bête tant convoitée passait devant son fils, le jeune Labrunie tira… et rata lamentablement sa cible. « Je l’ai manqué » cria-t-il à son père. Mais derrière un buisson, une voix se fit entendre : « Mais non malheureux, tu n’as pas manqué ! ». Le dialogue surréaliste dura plusieurs secondes, ponctué de « Mais si ! » et de « Mais non ! », jusqu’à ce que les chasseurs accourent. Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir le sous-préfet, en costume de patriote façon sans-culotte, étalé au sol et explorant… les dégâts causés par les plombs du fiston ! Heureusement, aucun mal n’était fait : quelques piqûres dans l’épaisseur de sa tenue suffirent à lui rappeler que l’art de la chasse nécessite… une bonne visée. Le « reculottement » de Monsieur de Labrunie devint légendaire. Les rires fusèrent, sauf pour l’intéressé qui, rouge de colère et de honte, quitta la partie et regagna son vieux château en maugréant contre son fils, sa maladresse, et tous les moqueurs...