Alors que les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture semblaient avoir trouvé un fragile terrain d’entente pour apaiser les tensions entre le monde agricole et la police de l’environnement, le communiqué du syndicat CGT-Environnement de l’OFB vient brutalement raviver les braises. Et pas à demi-mots. Le ton est donné : « ne courbons plus l’échine ». Autrement dit, place à l’affrontement. Les griefs sont nombreux : agents pris à partie, locaux dégradés, missions contestées, hiérarchie jugée trop conciliante avec les opposants, précarité des emplois… Sur ces points, il serait malhonnête de nier les difficultés réelles rencontrées sur le terrain. Mais le choix du syndicat n’est pas celui de l’apaisement : il est celui de la désignation d’adversaires et de la montée en tension. FNSEA, Coordination rurale, élus, gouvernement… tous sont renvoyés dans le camp des « tourmenteurs ». Le message est clair : il ne s’agit plus seulement de défendre des conditions de travail, mais de livrer un combat idéologique. Cette posture interroge, car sur le terrain, la réalité est plus nuancée que ne le laisse entendre ce discours binaire. Les agriculteurs, souvent pointés du doigt, ne sont pas des ennemis de la nature par principe. Ils sont, eux aussi, confrontés à des injonctions contradictoires, à une pression économique forte et à des normes parfois déconnectées des réalités de terrain. Les opposer frontalement aux agents de l’OFB, c’est prendre le risque d’aggraver une fracture déjà profonde. Plus encore, en politisant à outrance le débat, en invoquant la fenêtre d’Overton, l’extrême droite ou une supposée collusion généralisée, le syndicat sort du cadre strict de la défense du service public pour entrer dans celui du militantisme. Ce glissement n’est pas neutre. Il fragilise la crédibilité d’un établissement dont la légitimité repose justement sur son expertise technique, scientifique et juridique. Oui, la protection de l’environnement est un enjeu majeur. Oui, les agents de l’OFB doivent être respectés et protégés. Mais transformer chaque désaccord en affrontement, chaque critique en attaque politique, c’est enfermer le débat dans une logique de bloc contre bloc. À l’heure où la conciliation entre production agricole et préservation des milieux est plus nécessaire que jamais, ce choix de la conflictualité apparaît moins comme une solution que comme une impasse.