La présence de pesticides dans l'environnement ne se limite pas aux parcelles agricoles traitées. Dans l'Hexagone, plusieurs études scientifiques montrent que ces substances et leurs produits de dégradation peuvent persister dans les sols, atteindre des espaces naturels et exposer durablement la petite faune sauvage. Insectes, vers de terre et oiseaux figurent parmi les organismes concernés. Une étude publiée en 2023 par INRAE et l'université de Bordeaux a analysé 111 substances dans 47 sols français. Résultat : 98 % des sites prélevés contenaient au moins un résidu de pesticide. Les contaminations concernaient principalement les terres cultivées, mais aussi des prairies permanentes, des forêts et des friches, pourtant supposées non traitées. Au total, 67 molécules différentes ont été détectées. L'évaluation des risques a notamment révélé une toxicité chronique potentielle modérée à forte pour les vers de terre dans les parcelles cultivées. Ces invertébrés jouent pourtant un rôle essentiel dans le fonctionnement des sols et constituent une ressource alimentaire pour de nombreux animaux. Une autre étude menée dans la plaine de Niort, avait déjà montré que 92 % des vers de terre analysés contenaient au moins un pesticide. Les mélanges de substances retrouvés présentaient, dans 46 % des cas, un risque élevé de toxicité chronique pour ces organismes. Les oiseaux ne sont pas épargnés. Une étude publiée en 2025 dans les Proceedings of the Royal Society, à partir de données françaises concernant 64 espèces communes, a établi que 84,4 % d'entre elles étaient moins abondantes dans les zones où les achats de pesticides étaient les plus importants, même après prise en compte d'autres facteurs liés à l'intensification agricole. Des travaux expérimentaux sur la perdrix grise ont également mis en évidence des effets sur le système immunitaire, la reproduction et le comportement. La persistance des produits constitue un autre sujet de préoccupation. Selon les molécules, les résidus peuvent subsister plusieurs années. Le temps théorique nécessaire pour dégrader 90 % de la concentration initiale atteint ainsi l’équivalent de 1 000 jours pour l'AMPA, issu du glyphosate, et 2 960 jours pour l'époxiconazole, soit plus de huit ans. Des résidus ont même été retrouvés bien au-delà des durées théoriquement attendues. La grande faune peut également être exposée, notamment par l'alimentation ou l'eau. Mais les conséquences à l'échelle des populations de sangliers, de cervidés ou d'autres mammifères sauvages restent encore insuffisamment documentées. Ces résultats rappellent que l'évaluation des pesticides doit considérer non seulement leur toxicité immédiate, mais aussi leur persistance, leurs effets chroniques et leur circulation dans les écosystèmes.