Il faut parfois accepter de se regarder dans le miroir. A quelques jours de l'ouverture de la chasse, une question mérite d’être posée sans détour : n’avons-nous pas, cette année, raté quelque chose ? Les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses, les incendies et les conditions météorologiques particulièrement difficiles ont durement éprouvé la petite faune. Perdrix, faisans, lapins, lièvres et autres espèces ont payé un lourd tribut à ces conditions parfois catastrophiques. Ne parlons pas ici des endroits incendiés et totalement sinistrés, où les chasseurs ont été à la hauteur, mais des autres territoires où les comptages sont préoccupants et la reproduction médiocre. Face à ce constat, notre communication n’a peut-être pas été à la hauteur. Nous avons beaucoup expliqué que la chasse était une activité de gestion. Très bien. Mais une gestion crédible suppose aussi de savoir anticiper. Pourquoi ne pas avoir davantage pris les devants ?
Pourquoi ne pas avoir dit clairement : là où les populations de petit gibier ont été durement touchées, nous réduirons les prélèvements, voire nous suspendrons temporairement la chasse de certaines espèces ? Non pas sous la pression des associations anti-chasse, mais parce que nous savons gérer nos territoires et que nous entendons le démontrer. Cette position n’aurait rien d’un aveu de faiblesse. Elle serait au contraire une preuve de maturité. Car il faut parallèlement rappeler une autre réalité : toutes les espèces ne connaissent pas la même situation. Le grand gibier, dont les populations demeurent importantes dans de nombreux secteurs, voire excessives, doit continuer à faire l’objet d’une régulation soutenue. Sangliers, cervidés et autres grands animaux peuvent provoquer des dégâts agricoles considérables, multiplier les collisions routières et ferroviaires, et poser des problèmes sanitaires. Réduire ici tout en protégeant là où c’est nécessaire n’a rien de contradictoire : c’est précisément cela, gérer. Le chasseur ne peut donc pas réclamer simultanément davantage de reconnaissance comme gestionnaire de la faune et refuser toute adaptation de ses propres prélèvements. La crédibilité se gagne sur le terrain, pas dans les communiqués. Il ne s’agit évidemment pas de tendre le bâton aux adversaires de la chasse. Ceux qui rêvent de transformer chaque mauvaise année en moratoire général n’ont pas besoin que nous leur fournissions nous-mêmes leurs arguments. Mais il serait tout aussi dangereux de leur laisser le monopole du discours sur la protection du petit gibier. Prenons les devants. Comptons, constatons, expliquons et adaptons. Suspendre une chasse localement lorsque la population est trop fragile n’est pas renoncer à la chasse. C’est préparer sa continuité. Parce que le meilleur défenseur du petit gibier n’est pas celui qui veut absolument le chasser chaque année. C’est celui qui veut encore pouvoir le chasser dans dix ans.
Petit gibier : n’avons-nous pas raté quelque chose ?
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Petit gibier : n’avons-nous pas raté quelque chose ?