A première vue, ces projets photovoltaïques ou agrivoltaïques peuvent sembler éloignés des enjeux cynégétiques. Ils relèvent en effet de la politique énergétique et de la production d’électricité renouvelable. Pourtant, dès lors qu’ils s’implantent sur de vastes surfaces rurales, ils interagissent directement avec les usages existants, dont la chasse fait partie intégrante. La chasse n’est pas seulement une activité de loisir, elle participe à la gestion des populations de faune sauvage, à la prévention des dégâts agricoles et à la sécurité publique, notamment vis-à-vis du grand gibier. Lorsqu’une centrale photovoltaïque s’installe sur plusieurs dizaines d’hectares, ces surfaces deviennent durablement non chassables, et cela peut modifier les équilibres locaux (zones refuges interdites d’accès, déplacement plus important de la faune vers les parcelles voisines ou les axes routiers, conflits accrus avec l’agriculture ou les usagers de la route. Dans ce contexte, il apparaît légitime de se demander si la chasse doit être considérée comme un simple usage secondaire ou comme un acteur à part entière de l’aménagement du territoire rural...

 

Les chasseurs ont-ils un droit de regard ?

Les FDC ne disposent pas d’un droit de veto sur les projets industriels, qu’ils soient énergétiques ou autres. Leur rôle n’est pas de bloquer par principe, mais d’apporter une expertise de terrain souvent absente des études d’impact classiques. Les chasseurs connaissent les déplacements de la faune, les zones de remise, les corridors écologiques et les points sensibles en matière de sécurité. La question n’est donc pas celle d’un pouvoir d’opposition systématique, mais celle de la concertation en amont. Associer la chasse dès les premières phases de conception permettrait d’anticiper certains effets indirects : fragmentation des habitats, création de zones refuges incontrôlées pour le grand gibier, ou difficultés accrues de régulation. À défaut, les fédérations se retrouvent fréquemment sollicitées après coup pour gérer les conséquences de projets qu’elles n’ont pas contribué à concevoir. Les interrogations soulevées par le photovoltaïque ne sont pas fondamentalement différentes de celles posées par d’autres projets industriels en milieu rural : infrastructures de transport, carrières, zones logistiques ou aménagements touristiques. Dans tous les cas, la question centrale reste la même : comment concilier un projet présenté comme d’intérêt général avec des usages locaux existants ? La démarche consistant à associer les chasseurs, au même titre que les agriculteurs, forestiers ou habitants, pourrait donc s’appliquer bien au-delà de l’énergie solaire. Elle interroge plus largement la gouvernance des territoires ruraux : qui décide, à quel moment, et avec quelle reconnaissance des usages déjà en place ? Ces questions, loin d’opposer transition énergétique et monde rural, invitent à construire des projets mieux intégrés, plus acceptés et, à terme, plus durables.