La bécassine des marais (Gallinago gallinago) est l’un des oiseaux emblématiques des zones humides européennes. Discrète et difficile à observer, elle est pourtant facilement reconnaissable lors de la période de reproduction grâce au « tambourinement » caractéristique du mâle. Ce son étonnant, produit lors de parades nuptiales aériennes, provient de la vibration de ses plumes caudales lorsque l’oiseau plonge dans les airs. L’espèce fréquente une grande variété d’habitats humides : prairies inondables, tourbières, marais côtiers ou zones humides de l’intérieur des terres. Cependant, malgré cette large distribution, les populations de bécassines connaissent un déclin préoccupant dans plusieurs régions d’Europe. Dans certains pays, notamment en Allemagne, les effectifs nicheurs ont chuté de près de 50 % au cours des dernières décennies. La disparition et la dégradation des zones humides, les modifications des pratiques agricoles et les effets du changement climatique figurent parmi les principales menaces pesant sur l’espèce. Face à cette situation, le projet « Snipe » a été lancé afin d’améliorer les connaissances scientifiques sur la bécassine des marais et de soutenir des stratégies de conservation adaptées. Cette initiative est portée par le Conseil international de la chasse et de la conservation du gibier (CIC), en partenariat avec l’Union pour la conservation de la nature et de la biodiversité (NABU) et l’Université d’Aveiro (Portugal). Le projet bénéficie du soutien financier de la délégation allemande du CIC, qui a permis de mettre en place les premières phases de recherche. Un rôle central est joué par le Dr José A. Alves, chercheur à l’Université d’Aveiro, dont l’équipe mène des campagnes de terrain intensives dans plusieurs zones clés de reproduction, notamment en Islande. Durant l’été, les scientifiques travaillent dans des conditions particulières liées au phénomène du soleil de minuit, qui permet de suivre les oiseaux presque en continu. Ces missions ont déjà permis de recueillir des données précieuses sur la reproduction et les déplacements des bécassines. La technologie de géolocalisation miniaturisée constitue l’un des outils essentiels du projet. De petits capteurs sont fixés sur certains individus afin de suivre leurs migrations à grande échelle. Ces dispositifs permettent de reconstituer les routes migratoires reliant les zones de reproduction nordiques aux quartiers d’hivernage situés plus au sud de l’Europe et en Afrique du Nord. Les premières données mettent en évidence l’importance de sites d’escale migratoire stratégiques, indispensables pour l’alimentation et le repos des oiseaux. Au-delà de la recherche scientifique, le projet « Snipe » illustre la coopération entre chercheurs, chasseurs et organisations de conservation. Les informations collectées contribueront à orienter les politiques de gestion des zones humides et à promouvoir des pratiques de chasse durables. En combinant science, conservation et gestion responsable, cette initiative vise à garantir que la bécassine des marais demeure une composante essentielle de la biodiversité européenne pour les générations futures.