Les points de friction entre ces deux approches sont bien identifiés. L’agrainage, par exemple, est défendu par certains comme un outil de gestion permettant de détourner les animaux des cultures sensibles, tandis que de nombreux écologues y voient un facteur d’artificialisation des comportements et de soutien artificiel des populations. Le sanglier cristallise également les débats : faut-il intensifier encore la régulation ou reconnaître la responsabilité humaine dans l’explosion des effectifs, liée aux monocultures, au changement climatique et à l’absence de grands prédateurs ? Le retour du loup, du lynx ou même le rôle du renard divisent profondément, entre reconnaissance de leur fonction écologique et conflits concrets avec l’élevage et la chasse. Quant aux plans de chasse, ils sont tour à tour jugés insuffisamment fondés scientifiquement, trop rigides ou trop influencés par des arbitrages politiques. Dans ce contexte, la science peine parfois à convaincre le terrain. Les modèles théoriques, perçus comme abstraits, sont difficiles à transposer à des réalités locales marquées par des contraintes humaines fortes. Beaucoup d’acteurs cynégétiques expriment un sentiment de déconnexion face à une science jugée « hors-sol », voire idéologisée, surtout lorsque certaines décisions réglementaires semblent ignorer les observations locales. À l’inverse, la gestion cynégétique n’est pas exempte de critiques lorsqu’elle minimise ou rejette des données écologiques solides, souvent par résistance culturelle ou économique. Ces postures peuvent conduire à des déséquilibres faunistiques, à une perte de crédibilité auprès du grand public et à une judiciarisation croissante des décisions de gestion. Pourtant, des voies de réconciliation existent. Des coopérations réussies entre chasseurs et scientifiques montrent qu’une gestion adaptative, fondée sur des suivis conjoints et des programmes de sciences participatives, est possible. Elles reposent sur un langage commun, une reconnaissance mutuelle des compétences, et l’acceptation que, ni le terrain ni la science ne détiennent seuls la vérité. La gestion cynégétique et l’écologie scientifique ne sont pas fondamentalement incompatibles. L’enjeu majeur est de passer d’une logique de confrontation à une gouvernance partagée, capable de concilier connaissances scientifiques, réalités locales et acceptabilité sociale. C’est à ce prix qu’une chasse moderne, crédible et durable pourra s’inscrire pleinement dans les défis écologiques du 21e siècle.