Alors que la lutte contre l’artificialisation des terres commence à produire ses effets, la Fédération nationale des Safer (FN Safer) tire la sonnette d’alarme sur un phénomène moins visible mais en forte progression : la « consommation masquée » des terres agricoles. Il s’agit de parcelles acquises non pas pour une activité agricole, mais pour des usages détournés tels que les loisirs, le stockage de matériaux, l’installation de cabanons ou encore la spéculation foncière en vue d’une future urbanisation. Selon les données présentées par la fédération, ce phénomène a concerné 28 400 hectares en 2025, soit plus de trois fois la surface artificialisée la même année (8 500 hectares).
Si l’artificialisation recule sous l’effet du ralentissement économique et des politiques liées au zéro artificialisation nette (ZAN), les Safer redoutent que cette baisse ne masque une pression foncière toujours importante. Après une progression marquée entre 2015 et 2021, la consommation masquée repartirait à la hausse depuis 2025. Les territoires les plus touchés sont ceux où le foncier est particulièrement convoité : pourtour méditerranéen, vallée du Rhône, façade atlantique, zones de montagne ou de bocage. Dans 80 % des cas, les parcelles concernées font moins d’un hectare. Ces changements d’usage réduisent progressivement les surfaces disponibles pour l’agriculture, compliquent l’installation des jeunes exploitants et favorisent une hausse des prix du foncier. Certains acquéreurs sont en effet prêts à payer plusieurs fois la valeur agricole réelle d’un terrain. La FN Safer rappelle l’exemple emblématique d’Arbonne, au Pays basque, où une propriété comprenant quinze hectares de prairies avait trouvé preneur pour 3,2 millions d’euros, soit quatre fois son estimation agricole. Cette affaire avait relancé le débat sur le renforcement du droit de préemption des Safer, notamment lorsqu’un bien agricole est vendu avec une habitation. Face à ces dérives, la fédération appelle les collectivités à agir davantage par la veille foncière, les outils d’urbanisme et le recours au droit de préemption. Elle se félicite également des dispositions prévues dans le projet de loi d’urgence agricole, qui renforcent les moyens d’intervention des Safer. Pour son président, Thierry Bussy, l’enjeu est majeur : alors que près de la moitié des exploitations agricoles devront être transmises dans les prochaines années, préserver l’accès au foncier constitue une condition essentielle au renouvellement des générations et à la souveraineté alimentaire française.
Quand les terres agricoles changent discrètement d’usage
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Quand les terres agricoles changent discrètement d’usage