Dans de nombreuses régions, la survie adulte reste relativement stable, ce qui peut masquer un déclin démographique progressif lié à une baisse de survie juvénile. Or ce sont précisément les faons et jeunes de l’année qui constituent le maillon fragile du cycle de population : plus petits, moins expérimentés, disposant de réserves énergétiques limitées, ils sont davantage affectés par les hivers rigoureux, le parasitisme (tiques, strongles, gale), les épisodes climatiques extrêmes et le dérangement répété. Lorsque ces contraintes naturelles se combinent à des paysages intensément exploités et parcourus, un seuil critique peut être franchi, entraînant un affaiblissement durable des effectifs malgré une apparente abondance locale. La question centrale n’est donc pas de savoir si la récolte forestière constitue en soi une dégradation des ressources naturelles, mais dans quelles conditions elle devient un facteur de risque démographique. À court terme, les coupes récentes peuvent stimuler la production végétale et attirer le grand gibier. Cependant, cette attractivité alimentaire peut se transformer en piège écologique si elle s’accompagne d’une pression cynégétique élevée, d’une forte accessibilité routière ou d’une intensification de la prédation. Les ressources ne sont « suffisamment généreuses » que si la gestion intègre ces effets cumulatifs. Cela implique, en Europe, une planification spatiale des coupes en mosaïque, le maintien de zones refuges peu dérangées, une limitation de l’accès motorisé, une adaptation des plans de chasse en fonction de la survie juvénile et une attention particulière aux périodes sensibles, notamment l’hiver. Une approche centrée sur les stades vulnérables devient essentielle : protéger la survie des jeunes conditionne la stabilité à long terme des populations. La production forestière et la conservation du grand gibier ne sont pas incompatibles, mais leur coexistence exige une vision intégrée forêt-faune-chasse, tenant compte non seulement de la quantité de ressources disponibles, mais aussi du niveau global de risque imposé aux animaux.