Les chercheurs ont étudié des tourbières situées dans un vaste massif forestier, autrefois drainées pour la foresterie puis réhumidifiées. Certaines avaient été restaurées jusqu’à 38 ans avant l’étude. Leur végétation et la profondeur de leur tourbe ont été comparées à celles de sites dégradés et de sites considérés comme presque naturels. Les résultats sont encourageants sur plusieurs points.
Depuis la restauration, les couches de tourbe ont continué à augmenter, ce qui indique une reprise possible de l’accumulation de tourbe, processus essentiel pour retrouver progressivement une fonction de stockage du carbone. La végétation des sites restaurés s’est également rapprochée de celle des tourbières quasi naturelles. Le changement le plus important s’est produit au cours des dix premières années suivant la réhumidification. Mais cette récupération reste partielle. Même après plusieurs décennies, la végétation des tourbières restaurées n’atteignait pas la qualité observée sur les sites quasi naturels. La trajectoire dépend notamment de l’histoire du site avant sa restauration. Dans les tourbières agricoles fortement dégradées, la réhumidification peut libérer du phosphore accumulé dans la tourbe. Celui-ci favorise alors des plantes de marais hautes et compétitives, les hélophytes, susceptibles de bloquer l’installation d’espèces plus spécialisées. Le milieu peut ainsi évoluer vers un nouvel état écologique plutôt que retrouver exactement celui qui existait avant le drainage. En pratique, l’étude montre donc que réhumidifier une tourbière forestière tempérée peut relancer la formation de tourbe et permettre une récupération progressive de la végétation. Mais restaurer le fonctionnement d’un milieu ne signifie pas nécessairement reconstituer à l’identique l’écosystème originel.