Le Petit Journal de deux indissociables : la chasse et l'environnement

 

Conçue pour l’apprentissage progressif de la trompe en ré, cette méthode s’adresse aux débutants, aux musiciens de niveau moyen et aux enseignants. S’appuyant sur leur expérience, les auteurs proposent une synthèse de leur approche, complétée par trois recueils d’études, d’exercices et de fanfares traditionnelles déjà publiés chez « Tempo Music Club ». L’ouvrage gagne en efficacité lorsqu’il est accompagné des conseils personnalisés d’un professeur.

 

L’apprentissage est structuré en quatre chapitres suivant la progression pédagogique : 1) gestion de l’air, 2) diction et ornementation, 3) expression, 4) pupitres. Les auteurs précisent avoir privilégié une rédaction simple et claire, sans planches techniques ni schémas anatomiques, en renvoyant plutôt à des vidéos en 3D dont les liens figurent en fin de recueil. Ce support moderne, explicite et ludique, complète les explications.

 

Des exercices annexes visent à développer le « ressenti » de l’élève et peuvent être enrichis sur recommandation des enseignants. Enfin, la méthode doit être adaptée par le professeur ou l’apprenant lui-même, selon la morphologie, les capacités et le niveau de chacun.

 

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Mercosur : l’Europe marche sur la tête et piétine les forêts

L’Europe aime les grands discours. Elle se proclame championne de la lutte contre le changement climatique, multiplie les règlements contre la déforestation importée et impose à ses agriculteurs des normes toujours plus strictes. Mais, dans le même temps, elle ouvre grand ses frontières à la viande d’Amérique du Sud, dans le cadre de l’accord Mercosur. Cherchez l’erreur... Car derrière les mots policés du libre-échange se cache une réalité brutale : importer massivement de la viande bovine du Brésil, d’Argentine ou du Paraguay revient à encourager directement la destruction des forêts tropicales. En Amazonie comme dans le Cerrado, la déforestation progresse d’abord pour une raison simple : créer des pâturages et des surfaces agricoles destinées à l’exportation. Chaque tonne de viande sud-américaine consommée en Europe est potentiellement issue d’hectares de forêts rasés, brûlés, anéantis. L’hypocrisie est totale. D’un côté, Bruxelles explique vouloir interdire les produits liés à la déforestation, de l’autre, elle signe un accord qui rendra ces mêmes produits plus compétitifs sur le marché européen. Comment croire à une politique environnementale crédible quand les décisions commerciales contredisent frontalement les objectifs affichés ? Le cynisme atteint son sommet lorsque l’on comprend la logique économique sous-jacente. En échange de ces concessions agricoles majeures, l’Europe espère vendre davantage de voitures, notamment allemandes, sur les marchés sud-américains. Autrement dit, on sacrifie des forêts millénaires, des écosystèmes uniques et le climat mondial pour quelques parts de marché supplémentaires dans l’automobile. Pour quelques roues de plus sous des berlines, on marche sur la tête. Ce choix est aussi une trahison envers les agriculteurs européens. On leur impose des règles environnementales strictes, des coûts de production élevés, des contrôles permanents, tout en les mettant en concurrence avec des filières qui ne respectent ni les mêmes normes sanitaires, ni les mêmes exigences sociales, ni les mêmes contraintes écologiques. C’est une concurrence déloyale institutionnalisée, assumée, organisée. L’Europe doit choisir. Soit elle fait de la biodiversité, du climat et de la cohérence écologique une priorité réelle, soit elle continue à empiler des discours vertueux sur des accords commerciaux destructeurs. On ne peut pas, durablement, défendre la planète d’une main et la vendre de l’autre. Le Mercosur n’est pas un détail technique : c’est un révélateur brutal de l’incohérence européenne.


Le pétrichor

C’est l’odeur caractéristique perceptible lors des premières pluies succédant à une période de sécheresse. Bien que largement reconnue sur le plan sensoriel, cette manifestation olfactive n’a été formalisée scientifiquement qu’au milieu du 20e siècle. En 1964, les chercheurs australiens Isabel Joy Bear et Richard G. Thomas introduisent le terme « pétrichor », dérivé des mots grecs petra (pierre) et ichor (fluide mythique des dieux), afin de décrire ce phénomène résultant de l’interaction entre le sol sec et l’eau de pluie. Depuis, le pétrichor constitue un objet d’étude interdisciplinaire mobilisant la chimie organique, la microbiologie des sols et la physique de l’atmosphère. Sur le plan chimique, le pétrichor est principalement attribué à la présence de composés organiques volatils, dont la géosmine et le 2 méthylisobornéol (2 MIB), des molécules produites par des micro organismes du sol, en particulier les actinobactéries. À ces composés s’ajoutent des huiles végétales hydrophobes sécrétées par certaines plantes et accumulées à la surface des sols et des roches durant les périodes sèches, contribuant à la complexité du bouquet olfactif. Les actinobactéries jouent un rôle central dans la genèse biologique du pétrichor. En conditions de stress hydrique, ces micro organismes produisent des spores contenant de la géosmine, lesquelles s’accumulent dans les couches superficielles du sol. L’arrivée de la pluie provoque leur remise en suspension et leur dispersion dans l’air. Cette libération soudaine suggère une fonction écologique potentielle, notamment en facilitant la dissémination des spores ou en agissant comme signal chimique pour certains organismes du sol ou insectes. Le mécanisme de transfert des composés odorants vers l’atmosphère repose sur un processus physique d’aérosolisation. Lorsque les gouttes de pluie impactent un sol sec et poreux, elles emprisonnent de fines bulles d’air qui remontent rapidement à la surface et éclatent. Ce phénomène projette dans l’air des micro aérosols chargés de composés organiques et microbiens. L’intensité du pétrichor dépend ainsi de plusieurs paramètres, tels que la taille et la vitesse des gouttes de pluie, la porosité et la composition du sol, ainsi que les conditions atmosphériques locales. Au delà de l’expérience sensorielle humaine, le pétrichor présente des enjeux scientifiques et écologiques notables. Il constitue un indicateur des échanges entre le sol et l’atmosphère et offre un modèle pertinent pour l’étude des aérosols naturels. Ses applications potentielles concernent des domaines variés, allant de l’agronomie à la qualité de l’air, en passant par la parfumerie. Ainsi, le pétrichor illustre la complexité des interactions invisibles reliant les processus biologiques, chimiques et physiques au sein des environnements terrestres.


Chiens : les mystères de la voie

Déposée involontairement par le gibier, la voie, secrète et fugitive, est un phénomène naturel méconnu et abstrait, dont la nature, changeante, sera déterminante dans le succès ou l’échec de la chasse. Tenter de l’éclaircir revient à faire l’analyse de deux points de vue qui, en fait, sont complémentaires. D’une part le côté empirique qui s’appuie sur l’expérience et l’observation, et d’autre part, le côté scientifique. La première tentative pour étudier cette particularité a été réalisée par M. Pollard, dans un ouvrage, justement intitulé « Les mystères de la voie », publié en 1933. L’auteur avait tenté de mesurer la qualité de la voie à l’aide d’un instrument de son invention, qu’il avait appelé « sentomètre », conçu à partir de différentes données et observations, parmi lesquelles on trouvait la composition de l’odeur du renard formée de l’indole, associé au soatol produit par la glande anale, d’acides gras et d’amines. En l’absence d’unités existantes, il avait donc imaginé une graduation en « centivoie ». Lorsque le résultat, donné par son instrument, indiquait un niveau en dessous de 5 « centivoies », cela signifiait une absence totale de voie. Après avoir avancé sa théorie sur les odeurs des animaux, M. Pollard s’est penché sur leur émission. Il en a conclu que, au cours d’une chasse, la voie pouvait être affectée par la variation de la température et son effet sur l’évaporation. Autre exemple : si, lors du découpler, l’humidité relative est de 80%, elle peut tomber à 65% deux heures plus tard, lorsque le soleil aura réchauffé l’air, et inversement en fin de journée, ce qui, nécessairement, aura également une influence. En plus de la température et de l’humidité, d’autres paramètres ont été pris en compte et mesurés, tel que l’ensoleillement, la force et la direction du vent, la couverture nuageuse, etc… A chacun d’eux correspond un élément chiffré dont le total donne le nombre de « centivoies » à un moment donné. Chez les veneurs, cette théorie fut bien évidemment bien loin de faire l’unanimité. Cela étant écrit, il est donc indéniable que le côté scientifique existe, et qu’il serait peut-être possible, mais surement pas souhaitable, de mesurer en théorie le degré d’intensité de la voie, en tenant compte de tous ces facteurs...

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Avec son mouvement « Ça suffit », Patrick Sébastien revendique la voix d’une France oubliée

Connu du grand public pour sa carrière d’animateur et de chanteur, Patrick Sébastien fait un retour remarqué dans le débat public avec le lancement d’un mouvement citoyen baptisé « Ça suffit ». Né à l’automne 2025, ce projet ne se revendique ni comme un parti politique ni comme une candidature électorale, mais comme une plateforme destinée à faire remonter la parole des citoyens à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Patrick Sébastien affirme vouloir donner une voix à ce qu’il décrit comme « une France oubliée », éloignée des cercles de décision et des formations politiques traditionnelles. Le mouvement repose sur un site internet permettant aux citoyens de transmettre leurs propositions, parfois de manière anonyme, sur des sujets variés tels que le pouvoir d’achat, les services publics, la sécurité ou encore la justice sociale. L’objectif affiché est de recueillir des idées concrètes et applicables, puis d’en faire une synthèse. Le fonctionnement de « Ça suffit » repose sur une stratégie assumée d’influence plutôt que de conquête du pouvoir. Patrick Sébastien a exclu à plusieurs reprises toute candidature personnelle à une élection. Il se définit comme un porte-voix, utilisant sa notoriété pour relayer des revendications citoyennes auprès des responsables politiques. L’une des ambitions du mouvement serait de peser sur le second tour de la présidentielle en présentant aux finalistes une liste de propositions issues de la plateforme, et en appelant les électeurs à soutenir le candidat qui s’engagerait à les reprendre. Cette démarche, que l’intéressé qualifie parfois de « chantage démocratique », suscite des réactions contrastées. Certains y voient une tentative originale de revitalisation de la participation citoyenne, dans un contexte de défiance envers les partis et les institutions. D’autres dénoncent une initiative floue, portée par une figure médiatique sans cadre politique structuré ni légitimité élective. Patrick Sébastien assume ce positionnement atypique, insistant sur le caractère indépendant du mouvement. « Ça suffit » ne revendique aucune affiliation partisane et ne présente pas de programme clé en main. Il s’agit, selon son promoteur, d’un outil de pression citoyenne plus que d’un projet de gouvernement.

 

Vous pouvez envoyer vos propositions à : mouvementcasuffit@gmail.com


Le baron Karl Reille

Le baron Karl Reille (1886-1975) est un peintre animalier français, spécialiste passionné de la chasse à courre. Il est né le 8 avril 1886 à Paris dans une famille aristocratique liée à de fortes traditions cynégétiques et artistiques, étant l’arrière-petit-fils du maréchal Honoré Reille et issu d’une lignée déjà impliquée dans l’art et la chasse. Il développe très tôt un amour profond pour la chasse à courre, qu’il pratique lui-même en Touraine. Il suit divers équipages, notamment le Rallye Montpoupon qui chasse le cerf, le Vautrait de Mesnes pour le sanglier et le Rallye Tesson pour le blaireau, ce qui lui permet d’observer de près les chiens, les chevaux et les veneurs en action. En 1914, Karl Reille publie à Paris, chez Adolphe Le Goupy, son ouvrage majeur « La Vénerie française contemporaine ». Ce livre est considéré comme l’un des travaux les plus importants du début du 20e siècle sur la chasse à courre française. Il présente, de façon détaillée, les équipages existant en France à cette époque, classés par région, avec illustrations, descriptions des tenues, composition des meutes, et anecdotes cynégétiques. L’édition originale, tirée à un nombre limité d’exemplaires (autour de 600), est richement illustrée d’aquarelles et de planches en couleurs réalisées par l’auteur lui-même. Ces illustrations montrent la composition des meutes, les tenues traditionnelles des veneurs et la vie quotidienne de la chasse à courre à l’aube de la Première Guerre mondiale. Le livre est aujourd’hui recherché par les bibliophiles et les amateurs d’arts cynégétiques pour sa valeur documentaire et artistique. Il constitue un instantané des pratiques de la vénerie au début du 20e siècle, avant que les bouleversements sociaux et les deux guerres mondiales ne transforment profondément les paysages cynégétiques européens. Par son œuvre, Karl Reille a non seulement documenté les techniques et les usages de la chasse à courre, mais aussi contribué à son iconographie artistique, en combinant une connaissance pratique du terrain et une maîtrise du dessin animalier, faisant de La Vénerie française contemporaine une référence historique et esthétique dans le domaine.


Biodiversité : l’urgence d’investir dans la recherche à long terme

La compréhension des dynamiques de la biodiversité et de l’évolution des espèces repose sur des observations continues inscrites dans le temps long. Les processus écologiques et évolutifs (adaptation, sélection naturelle, résilience des écosystèmes) se déploient sur des échelles temporelles de plusieurs décennies, parfois de plusieurs générations. Or, cette dimension temporelle, indispensable à l’analyse scientifique du vivant, est aujourd’hui fragilisée par une érosion des financements, une remise en cause croissante de l’expertise scientifique et la diffusion de discours de désinformation qui brouillent le débat public. Les pressions anthropiques sur les systèmes naturels (changement climatique, artificialisation des sols, pollutions, surexploitation des ressources biologiques) entraînent une accélération inédite de l’érosion de la biodiversité. Dans ce contexte, les « signaux faibles » détectés par les chercheurs deviennent rapidement des indicateurs d’alerte, annonçant des ruptures écologiques majeures aux conséquences systémiques pour le fonctionnement des écosystèmes et les sociétés humaines. Seules les recherches écologiques à long terme permettent d’identifier les trajectoires réelles de la biodiversité, de distinguer les fluctuations naturelles des tendances de fond et d’évaluer les capacités d’adaptation des espèces face aux perturbations globales. Dans un article publié dans la revue BioScience, le CNRS alerte sur les conséquences de cette fragilisation : sans infrastructures pérennes d’observation du vivant, la communauté scientifique perdra sa capacité à anticiper les points de bascule écologiques et à proposer des réponses fondées sur des données robustes. Pour répondre à cet enjeu, le CNRS a lancé le programme SEE-Life, dédié au soutien de la recherche écologique et évolutive à long terme. Ce programme vise à garantir la continuité des suivis, à renforcer l’interdisciplinarité et à produire des connaissances directement mobilisables par les politiques publiques.


Agriculture biologique : la Fnab et le Conservatoire du littoral scellent un partenariat pour les territoires côtiers

La Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) et le Conservatoire du littoral ont annoncé la mise en place d’un « partenariat stratégique » visant à favoriser le développement de l’agriculture biologique sur les espaces littoraux et lacustres. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de fortes attentes en matière de préservation de la biodiversité, de qualité de l’eau et d’adaptation au changement climatique. Le Conservatoire du littoral est un établissement public chargé de la protection de plus de 218 000 hectares de rivages, zones humides et espaces naturels sensibles en France. Une partie de ces terrains est exploitée par des agriculteurs dans le cadre de baux ruraux environnementaux, qui encadrent les pratiques agricoles afin de concilier production et protection des milieux naturels. Le partenariat avec la Fnab vise à renforcer cette orientation en accompagnant les exploitants vers des pratiques biologiques ou agroécologiques. Selon le communiqué commun, la Fnab apportera son expertise technique et son réseau pour soutenir les agriculteurs déjà installés sur les terres du Conservatoire, mais aussi ceux susceptibles de s’y installer. L’accompagnement portera notamment sur l’évolution des systèmes de production, la conversion à l’agriculture biologique et la valorisation économique de pratiques jugées favorables à la biodiversité et au climat. L’objectif affiché est de sécuriser les parcours de transition, dans un contexte où la conversion au bio peut représenter un risque économique pour les exploitations. Le partenariat prévoit également de mieux valoriser les modèles agricoles déjà en place sur les sites du Conservatoire du littoral. Ces territoires accueillent majoritairement de l’élevage extensif et des cultures à faible intrant, considérés comme compatibles avec la préservation des sols, des zones humides et des espèces protégées.


Simuler la mort pour échapper au danger : la ruse étonnante des animaux

Dans la nature, certains animaux ont développé une stratégie surprenante pour survivre : feindre la mort. Ce comportement, appelé thanatose, consiste à rester complètement immobile, parfois en adoptant des postures spectaculaires, pour tromper un prédateur et gagner du temps. On connaît l’image classique de la perdrix « blessée », ailes pendantes, qui attire le danger loin de ses petits. Mais la ruse va bien au-delà des oiseaux. Chez l’opossum de Virginie, la simulation de la mort devient presque théâtrale : l’animal ouvre la bouche, tire la langue, relâche ses intestins et sécrète des fluides malodorants, donnant l’impression d’une proie totalement impropre à la consommation. Même chez les araignées, la feinte peut servir à séduire. Chez Pisaurina mira, le mâle attaché à un petit paquet de nourriture se fait passer pour mort afin d’éviter d’être dévoré par la femelle. Quand celle-ci commence à manger le cadeau, le mâle se réveille et peut s’accoupler. Des expériences avec des renards ont révélé l’efficacité de cette ruse. Les jeunes renards emportaient dans leur tanière des oiseaux qui simulaient la mort, laissant parfois les proies s’échapper. Les renards adultes, plus expérimentés, ont appris qu’il fallait tuer ou blesser les proies pour ne pas risquer de les voir s’échapper. Ce phénomène est ainsi surnommé « la dernière chance » : si la proie bouge, elle est condamnée ; si elle feint la mort, elle peut survivre. Mais la thanatose ne sert pas toujours à échapper à un prédateur immédiat. Pour certaines espèces, elle protège la progéniture : la mère se fige et attire l’attention sur elle, tandis que ses petits se cachent. Elle peut aussi réduire le stress ou rendre un animal moins visible pour des prédateurs sensibles au moindre mouvement. Cette stratégie est à la fois risquée et ingénieuse. Elle illustre la créativité de la nature face aux menaces et la complexité des comportements animaux. Feindre la mort demande un équilibre subtil : rester totalement immobile, mais être capable de réagir au bon moment pour fuir. Une tactique millénaire qui, dans la guerre permanente entre prédateurs et proies, peut faire la différence entre la vie et la mort.


Agriculteurs en colère au port du Havre : contrôles et dénonciation d’une concurrence jugée déloyale

La colère agricole ne retombe pas et s’est installée durablement sur le port du Havre. Depuis le week-end du 10 janvier 2026, des agriculteurs normands multiplient les actions pour dénoncer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, qu’ils accusent d’organiser une concurrence jugée déloyale. Barrages filtrants, contrôles de camions frigorifiques et coups de disqueuse : les exploitants veulent vérifier, preuves à l’appui, la provenance des denrées importées. Samedi dernier, près de 150 agriculteurs avaient déjà bloqué le pont de Normandie avant de rejoindre la zone portuaire. Certains ont passé la nuit dans leurs tracteurs devant les entrepôts de Seafrigo, acteur majeur du transport frigorifique international. L’action de lundi 12 janvier, préparée depuis plusieurs jours, a marqué une montée en puissance. Dès 6 heures du matin, les agriculteurs se sont improvisés « douaniers agricoles », filtrant systématiquement les camions à l’entrée et à la sortie des terminaux. Objectif affiché : contrôler ce qui entre sur le territoire. « Ils contrôlent ce qui sort, nous contrôlons ce qui rentre », résume Tom Gremont, éleveur à Dieppe. À l’aide de disqueuses, plusieurs remorques ont été ouvertes. Verdict répété à plusieurs reprises : « la viande n’est pas française ». Derrière le geste symbolique, l’argument est avant tout économique. Selon les organisations agricoles, le coût de production d’un kilo de viande bovine en France dépasse souvent 5 à 6 euros, contre 2 à 3 euros dans certains pays d’Amérique du Sud. En cause : des salaires et des charges sociales élevées, des normes sanitaires et environnementales strictes. À l’inverse, les producteurs étrangers bénéficient de coûts salariaux bien plus faibles et de réglementations moins contraignantes, leur permettant d’exporter à des prix imbattables. Les agriculteurs dénoncent aussi un risque de pression à la baisse sur les prix payés aux producteurs français, déjà fragilisés par la hausse des charges énergétiques et des intrants. À la mi-journée lundi, une quinzaine de camions avaient été contrôlés, sans incident avec les forces de l’ordre, restées en observation. Les actions pourraient se poursuivre, les agriculteurs affirmant ne pas être prêts à lever les barrages tant que leurs revendications économiques et financières ne seront pas entendues.


Les limites du réensauvagement

Depuis une vingtaine d’années, le réensauvagement s’impose progressivement comme une approche complémentaire aux politiques classiques de conservation de la nature en Europe. Loin d’opposer protection stricte et activités humaines, cette démarche repose sur une idée centrale : restaurer les processus naturels à grande échelle afin de permettre aux écosystèmes de retrouver leur fonctionnalité, malheureusement sans tenir compte des réalités sociales, économiques et culturelles des territoires. Les adeptes du réensauvagement considèrent que les paysages sont le produit d’interactions complexes entre espèces, milieux et activités humaines, et qu’en laissant davantage de place aux dynamiques naturelles, la nature démontre une capacité de régénération rapide. Pour ces écolos, la réussite des projets menés en Europe repose donc sur la coexistence entre biodiversité et usages : élevage, sylviculture, chasse, tourisme, randonnée. Mais le retour d’espèces emblématiques pose aussi des défis concrets. La gestion de la faune sauvage ne peut plus être pensée de manière sectorielle ou idéologique. Elle doit s’appuyer sur des données scientifiques, une régulation adaptée des populations et un dialogue constant entre protecteurs de la nature, agriculteurs, chasseurs et usagers de l’espace rural. Dans ce cadre, la chasse raisonnée conserve un rôle essentiel. Elle participe à l’équilibre des populations, limite certains conflits d’usages et s’inscrit dans une tradition de gestion durable lorsqu’elle est encadrée, proportionnée et fondée sur des objectifs écologiques clairs. Les succès observés pour de nombreuses espèces en Europe reposent d’ailleurs sur une combinaison de protection juridique, d’actions de conservation ciblées et d’évolution des pratiques cynégétiques. Enfin, le réensauvagement ne peut s’inscrire durablement sans modèle économique viable. Valorisation des services écosystémiques, tourisme de nature, produits forestiers diversifiés ou filières locales constituent autant de leviers pour ancrer la biodiversité dans les économies rurales. À condition de corriger certaines distorsions liées aux subventions et de favoriser les initiatives locales, cette approche offre une voie pragmatique pour concilier nature vivante, activités humaines et acceptabilité sociale.


Grands prédateurs : et si la solution passait par les Parcs Nationaux ?

Peut-on faire coexister les activités d’élevage avec les grands prédateurs ? Aujourd’hui encore, les autorités insistent sur la possibilité d’une cohabitation « apaisée » entre l’élevage et les grands prédateurs, malgré une accumulation d’exemples démontrant la fragilité de ce modèle. Les dispositifs publics d’aide à la protection des troupeaux illustrent à la fois cette volonté politique et ses limites. Gardiennage renforcé, chiens de protection, clôtures électrifiées, accompagnement technique : tout est mis en œuvre pour tenter de contenir la prédation, au prix de profondes modifications des pratiques pastorales et d’un alourdissement considérable des charges humaines et financières pour les éleveurs. L’appel à projets national 2026, publié fin décembre, s’inscrit dans cette continuité, avec l’ouverture du téléservice SAFRAN, et la reconduction des aides existantes. L’introduction d’un « cercle 0 ours », calqué sur le modèle déjà appliqué au loup, reconnaît implicitement que certaines zones subissent une pression de prédation telle que les moyens classiques ne suffisent plus. Déplafonnement des aides, prise en charge accrue des salaires de bergers, extension du « cercle 3 loup » à presque tous les départements : autant de mesures qui traduisent un aveu silencieux d’échec. Si la cohabitation fonctionnait réellement, pourquoi faudrait-il sans cesse renforcer, étendre et complexifier ces dispositifs ? Derrière le discours officiel se dessine une réalité plus brutale : l’élevage, pilier de nombreux territoires ruraux, se retrouve contraint de s’adapter en permanence à la présence de prédateurs protégés, sans jamais pouvoir retrouver une stabilité durable...

 

Et si la solution passait par les Parcs Nationaux ? 

Face à ce constat, une question dérangeante, mais pragmatique, mérite d’être posée : et si la véritable cohabitation passait par une séparation claire des espaces ? La France compte aujourd’hui onze parcs nationaux, créés avec l’accord de la majorité des populations locales et dont la vocation première est la protection de la biodiversité. Ces territoires, vastes, réglementés et dotés de personnels formés, pourraient constituer le cadre naturel et cohérent d’accueil des grands prédateurs. La place du loup et de l’ours serait alors clairement définie : à l’intérieur de ces zones protégées, sous la responsabilité directe des agents des parcs nationaux, chargés de leur suivi, de leur régulation et de la gestion des éventuels conflits. En dehors de ces espaces, en revanche, la présence de grands prédateurs ne serait plus tolérée. Leur élimination ou leur reconduite vers les parcs relèverait des chasseurs, acteurs historiques de la gestion de la faune sauvage et déjà impliqués dans l’équilibre des populations animales. Une telle approche aurait le mérite de la clarté : elle mettrait fin à l’hypocrisie d’une cohabitation imposée à des territoires qui n’en veulent pas, ou ne peuvent pas la supporter. Elle permettrait également de recentrer les moyens publics sur des zones précisément identifiées, plutôt que de disperser les aides sur l’ensemble du territoire. Certes, cette proposition heurte certains dogmes et devra composer avec les règlements européens de protection des espèces. Mais elle offre une piste de réflexion concrète, fondée sur la réalité du terrain et sur le respect des activités humaines. Parquer les grands prédateurs n’est pas les nier : c’est reconnaître que la coexistence généralisée a montré ses limites, et qu’une gestion territorialisée, assumée et lisible pourrait enfin apaiser un conflit vieux de plusieurs siècles.